Des femmes qui se défendent

 

Sandra CARBONE

 

“ La Meuse” 11.4.2000

 


Même s'il ne faut pas céder à la psychose lorsqu'on parcourt les nombreux faits-divers qui émaillent les pages des journaux, il faut bien avouer que le sentiment d'insécurité est bien présent dans la population liégeoise.
Que ce soit sur le chemin du travail, en faisant ses emplettes, à pied ou en voiture, nul n'est à l'abri.
Dès lors, une kyrielle de sports très physiques et autres arts martiaux se sont développés depuis quelques années pour donner la possibilité à la victime de se défendre.
Des pratiques rassurantes certes, mais toutefois peu accessibles aux mères de famille, aux dames d'un certain âge, ou aux femmes qui, tout simplement n'ont ni le temps d'exercer un sport de façon régulière, ni la condition physique pour supporter les rythmes effrénés de certains cours.
Prenant en compte les diverses obligations (travail, ménage, famille...) auxquelles doit faire face la gent féminine, une technique est née il y a 20 ans au Canada. Enseignée à quelques privilégiées durant la fin des années 70 dans la partie francophone du pays, cette méthode d'autodéfense baptisée Wendo fait aujourd'hui de plus en plus d'émules.
Le Wendo, c'est le chemin des femmes
Destinée aux femmes âgées d'au moins 15 ans, le Wendo allie physique et mental afin de retrouver ou développer une certaine confiance en soi mais aussi de prendre conscience de son corps, de ses limites et de ses propres valeurs. Son objectif n'est en aucun cas l'agressivité ou la violence gratuite.
Le Wendo (Wen, mot condensé de “women”, qui signifie femme en anglais, et de Do, dont la traduction du japonais est “chemin”) permet d'assimiler des techniques simples et efficaces afin de faire face à différents modes d'agression. “Cette expérience reste une occasion de transformer les vieilles croyances à propos de soi en tant que femme et aider à mieux vivre son quotidien, précise Marie Dewez, professeur de Wendo depuis plus de 20 ans. Exclusivement réservé aux femmes, le Wendo n'est pas anti-hommes, il est anti-agresseurs”.
Cette méthode d'autodéfense féminine est enseignée à travers un stage d'une douzaine d'heures s'étalant sur 2 jours, pour 16 participantes au maximum.

 

 

 

 

LE WENDO

 

“ L’autodéfense par les femmes pour les femmes ”


« Femmes d’Aujourd’hui»

 

 

du 31 Août 2000

 

Par Emilie Sadr

 
 

Méthode d’autodéfense, le wendo est loin d’être un art martial, il se veut avant tout un art de vivre, un voyage à la découverte de soi.

Né au Canada, il y une vingtaine d’années, le wendo ( de wen, contraction de women et de do, le chemin en japonais—et signifiant littéralement « le chemin des femmes » est issu d’une famille canadienne dont chaque membre pratiquait un art martial. Le jour où l’une des filles, pourtant ceinture en karaté, se fit agresser, toutes les femmes de la famille se réunirent afin de mettre au point une méthode d’autodéfense, mais aussi de confiance en soi, spécialement conçue pour les femmes. Le wendo était né.

Apprendre à se connaître
Véritable travail physique et mental, le wendo enseigne des techniques physiques, simples et efficaces en cas d’agression, que même la plus peureuse des femmes pourrait reproduire.
Comment ? Grâce à une prise de conscience de sa force et de son énergie.
Nul doute que le secret du wendo réside dans cette subtile approche tant physique que psychologique. Pour animer des cours depuis près de 20 ans, Marie Dewez est convaincue de l’enrichissement apporté par le wendo et ne cesse de s’émerveiller devant la force, trop souvent cachée des femmes. : « Combien de fois n’entendons-nous pas dire que les femmes sont faibles ? Incapables de réagir ?» C’est ce qui explique leur manque d’audace. Et pourtant, tout réside, par exemple, dans la respiration, clé d’une maîtrise de soi et de l’utilisation optimale de sa force. Sans elle, c’est la paralysie dont sont victimes 99% des femmes menacées ou agressées. Un autre moyen de se défendre efficacement est de surprendre son agresseur. Cette surprise peut tout simplement prendre la forme d’un cri de menace - ho ! - et qui a permis à une dame d’un certain âge de mettre en fuite un agresseur, ignorant si sa victime a derrière elle un cours de wendo… ou 15 ans de karaté !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Formation

Le fabuleux chemin des dames

Le 25 Mai dernier nous avons vécu une expérience passionnante que nous aurions eu envie de vous faire partager. Mary, la stagiaire infirmière sociale qui a organisé cette journée, était allée à plusieurs reprises vous inviter à venir. Certaines d'entre vous s'étaient d'ailleurs montrées intéressées mais, malheureusement, le jour J une seule femme prostituée a pu venir se joindre aux 4 travailleuses d'Espace P… présentes. En cause probablement la grève des bus mais aussi peut-être la difficulté que vous avez souvent d'arrêter le boulot toute une journée pour vous réunir et faire quelque chose ensemble. Quelle que soit la raison, vous nous avez manqué. Aussi vais-je essayer par cet article de vous donner le goût et l'envie de nous rejoindre la prochaine fois que nous vous proposerons ce type de rencontre.

La rencontre en question est celle d'une femme, Marie Dewez , qui s'est mise en tête d'apprendre aux femmes à dominer leurs peurs et à faire face avec détermination à toute situation de danger ou d'agression si, malheureusement, elles devaient en vivre une.

Cette technique d'auto-défense s'appelle le WENDO, ce qui signifie "chemin des dames". Elle a été créée spécialement pour les femmes qui, trop souvent, peuvent être victimes d'agressions et qui trop rarement ont appris à résister et à se défendre. C'est un constat facile à faire: dans tous les pays du monde, si on

compare l'éducation qui est donnée aux petites filles à celle des petits garçons on retrouve pratiquement toujours la même différence: les garçons apprennent à se battre, sont valorisés quand ils font preuve de courage, qu'ils développent leur force et leur bravoure; les petites filles par contre sont elles encouragées à faire preuve de douceur, à développer des qualités telles que la compréhension, l'intuition, la capacité de calmer les choses, de trouver des compromis.

Résultat: face à une attaque, les garçons réagiront spontanément par de l'agressivité et une attitude combative alors que les filles resteront paralysées par la peur, n'osant pas riposter à l'agression. Bien sûr vous allez me dire qu'il s'agit là de généralisations abusives, que les femmes aussi savent se défendre et vous aurez raison, surtout si on attaque un des leurs et en particulier leurs enfants; mais si ce n'est que pour défendre sa peau beaucoup d'entre nous aurons une attitude passive, préférant attendre que ça passe et n'imaginant même pas que nous pourrions avoir le dessus sur l'agresseur.

Cette attitude résulte de plusieurs idées fausses et l'originalité du WENDO est, précisément de s'attaquer à ces idées fausses et de nous faire voir les choses autrement afin de nous apprendre à réagir positivement et efficacement.

Avant de les développer ,j'aimerais insister sur un point très important de la philosophie du WENDO telle qu'elle nous a été présentée : quand on parle d'agresseur, on ne parle pas spécialement d'un homme mais de toute personne qui s'attaque à une autre personne.

Le WENDO est féministe dans le sens où il veut rétablir l'égalité entre les hommes et les femmes face à l'agression et non pas parce qu'il veut démontrer que les hommes sont tous des sauvages et les femmes des pauvres victimes !

Ceci étant dit, voyons un peu ces idées fausses. Première idée fausse: la peur paralyse. Face à un danger, nous pouvons être un moment clouée par la peur, sans capacité de réaction. Mais très vite on peut constater que cette même peur peut aussi véritablement nous " donner des ailes", provoquant en nous une poussée d'adrénaline qui nous stimule et entraîne chez nous une réaction dont nous ne nous serions Pour illustrer cela, Marie Dewez nous a raconté l'anecdote suivante:

-" Une mère et sa fille vivent seules dans un appartement au rez-de-chaussée. Au milieu de leur living trône un piano à queue, leur outil de travail: elles sont musiciennes. Survient un incendie et, leur première réaction après avoir appelé les pompiers, est de pousser d'un coup le piano dehors, sur la terrasse, pour le protéger des flammes. Une fois l'incendie maîtrisé, un des pompiers veut rentrer le piano en le poussant de la même façon à l'intérieur ; n'y parvenant pas il appelle un collègue en renfort: le piano bouge à peine; ce n'est qu'avec l'aide de deux autres collègues et après maintes contorsions qu'ils arrivent enfin à le remettre en place. Les deux femmes s'en étonnent mais le pompier leur explique que ce n'est pas la première fois qu'il voit des gens qui, face à un danger imminent ,voient leur force se décupler et réaliser un exploit qu'en temps normal ils n'arriveraient pas à faire."

Deuxième idée fausse: seule la personne agressée à peur. La grande différence entre un agresseur et sa victime ce n'est pas la peur, c'est la surprise. L'agresseur , même s'il a la trouille, bénéficie toujours du fait que lui sait ce qu'il fait, il est dans l'action, il a un certain contrôle de la situation alors que la victime, même si elle a pu venir voir le danger, a toujours un temps de retard et ne peut se préparer qu'à la réaction. La seule façon de réduire cette différence c'est d'inverser les rôles : si, au moment où elle est agressée, la victime réagit immédiatement et de manière déterminée, c'est au tour de l'agresseur d'être surpris et coupé dans son élan ; il faut savoir que, dernière des choses à laquelle s'attend l'agresseur, est que la victime ne montre pas sa peur et fasse face au danger !

Facile à dire, mais il faut pouvoir affronter cette peur et ce danger ;le WENDO sert à cela , à nous préparer mentalement et physiquement à réagir et à créer cet effet de surprise.

Troisième idée fausse : il faut de la force pour vaincre un attaquant. J'ajouterai même : surtout si l'agresseur est un homme et la victime une femme. Là encore, nous n'imaginons pas la force qui est en nous, quelle que soit notre stature. Une seule petite image pour vous faire réaliser cela : pour pouvoir accoucher, il faut à une femme une force comparable à celle développée par un lanceur de poids à un niveau Olympique, vous imaginez quelle puissance se trouve concentrée potentiellement dans nos ventres !!!

Mais même en dehors de cela, l'idée du WENDO n'est pas de faire de nous des Superwoman ; il joue d'abord et avant tout sur l'effet de surprise, comme je l'ai décrit plus haut, afin de nous donner le temps d'avoir la réaction la plus appropriée à la situation.

Parmi toutes les réactions possibles il peut y avoir :

- la fuite

- l'appel à l'aide

- la réaction physique (défense, attaque).

Pour chacun de ces types de réaction, le WENDO prévoit une technique particulière, généralement très simple et directement efficace et, surtout, accessible à toutes les femmes, quel que soit leur âge ( Marie Dewez fourmille d'exemples de dames âgées qui on pu se sortir de situations difficiles.)ou leur physique :petite, grande , forte ou fluette.

Et ça , je peux vous garantir que nous l'avons toutes constaté : au cour de l'initiation que nous avons eue, nous avons déjà pu tester toute une série d'exercices qui ont eu pour effet de nous faire prendre conscience de tout ce que nous pouvons produire comme réactions efficaces, en jouant uniquement avec nos propres capacités.

En guise de conclusion. Cette journée d'initiation a véritablement été pour nous toutes une révélation.

En plus, ce qui ne gâte rien, elle s'est déroulée dans la bonne humeur : il n'y a rien de plus stimulant de voir à quel point on peut progresser rapidement à partir de quelques explications très simples. Nous étions toutes très fières de nous !

J'espère que ces quelques impressions vous aurons donné le goût d'aller voir plus loin et de faire connaissance avec ce fabuleux outil de " confiance en soi " u'est le WENDO.

D'une manière ou d'une autre, nous aimerions le faire connaître à chacune d'entre vous, convaincues que nous sommes qu'il s'agit là d'un outil indispensable dans votre profession où les risques encourus ne sont malheureusement pas rare. Nous attendons vos avis, vos réactions, vos suggestions : nous en tiendrons compte pour remettre sur pied cette expérience de façon à ce que la majorité d'entre vous puisse en bénéficier.

A très bientôt donc…

Dominique Biétheres

Espace Le magazine d'Espace P N° 37 août 2005

 

 

 
 
 

 

 
 
 


 

 

marie.dewez@marieetmarie.be: